Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

12.12.14

LE BLACK DOG A 15 ANS
SACRÉ CLÉBARD !

Illustrations de Stéphane Levallois extraites du livret de How the light gets in de Fantastic Merlins

On pourrait, en toute facilité, utiliser la formule du fameux "Je me souviens" de Georges Perec et faire une liste infinie, tant le Black Dog qui fête ses 15 ans, regorge de lumineux souvenirs. Ceux dessinés par Stéphane Levallois dans le livret de l'album How the light gets in du groupe Fantastic Merlins par exemple.

Le Black Dog est un café situé à St Paul près du Mississippi. Il doit son nom à un impératif nocturne d'un soir de décembre, une rapide histoire de chien, pas vraiment à Led Zeppelin, ni même, consciemment, au chef Black Dog, qui, coïncidence, avait son campement de l'autre côté du Mississippi. Situé à l'endroit du camp de Little Crow, figure essentielle de la guerre des Dakotas contre le pouvoir colonial en 1862, ce "chien noir" n'est pas un truc tendance, un salon "branché", seulement un lieu de vie où être ensemble n'est pas une excuse à la solitude, un endroit qui tourne modestement le dos à un monde d'anéantissement qui ne fait forcément que passer. Il sait où sont ses marques, celles de Little Crow ne sont peut-être pas anecdotiques, intuition et sens sont en bonne place. En plein Lowertown de la capitale du Minnesota, Le Black Dog est une île, habitée, cultivée, où l'on se rencontre sans crainte, sans pose, un endroit de printemps qui ne craint pas l'hiver. Si on y mange et y boit bien, si l'on y parle volontiers (tant de débats passionnants - dans l'après 11 septembre par exemple ou lors de la RNC en 2008 où le Black Dog fut un extraordinaire accueil pour toutes les forces de l'expression libre), si les murs exposent régulièrement les images de peintres, dessinateurs et photographes impressionnants (Jim Denomie, Jonathan Thunder, Carolyn Anderson, Neto, Andy Singer, Caroline Forbes, Guy Le Querrec, Cattaneo, Ken Avidor, Lara Hanson, Steve Robbins, Emel Sherzad, Anne Elias ou même Edward Sheriff Curtis - dont l'éditeur Cardozo habite à côté - et tant d'autres...), la musique y joue un grand rôle. Pas une position concertante, une petite esplanade musicale au geste naturellement collectif qui répond au petit besoin de chaleur, de vigueur, d'une intensité aérée. Le groupe de rap Junkyard Empire y avait établi une petite commune chaque mercredi, les Fantastic Merlins, un Community Pools le vendredi, et Dean Magraw et Davu Seru y joent en continu chaque premier mardi du mois, un espace où l'expression embrasse l'idée cardinale de la renaissance, des haltes d'utopie, de l'évidence du "Nous". Le Black Dog a d'autres constances, Donald Washington, Todd Harper, Pete Hennig et ses Bluegrass Bandits, Eric Gravatt, Steve Kenny, Nathan Hanson, Brian Roessler, Willie Murphy, Nikki and the Ruemates, Anthony Cox, George Cartwright, Merciless Ghost, Rahjta Ren, Atlantis Quartet, Zacc Harris, Brandon Wozniak, Chris Bates, Brad Bellows, d'autres visiteurs heureux, Desdamona, Carnage, Brother Ali, Jef Lee Johnson, Michael Bland, Yohannes Tona, Bryan Nichols, Toki Wright, Happy Apple, Fat Kid Wednesdays, Jeremy Yvilsker, El Guante, Tish Jones, Michelle Kinney, Chris Cunningham, Douglas Ewart, Alden Ikeda, The Pines, JT Bates, Boots Riley and the Coup, Gary Farmer, Hymn for Her, Milo Fine, Kid Dakota, Michael Rossetto, Marc Anderson, Pat O'Keefe, Los Nativos et les voyageurs d'outre-Atlantique : Michel Portal qui y dédia un titre "At the Black Dog", Emilie Lesbros, Denis Colin, Pablo Cueco, Mirtha Pozzi, François Corneloup, Dominique Pifarély, Jacky Molard, Hélène Labarrière, Janick Martin, Yannick Jory, Evan Parker, Benoît Delbecq, Raymond Boni, Miguel Linares, Gabriel Gonzalez, Imbert Imbert et les fervents aux nombreux séjours, Tony Hymas et Didier Petit qui y cuisina même un pot au feu. Le Black Dog prend à témoin les petites irruptions, les générosités fécondes et les bonnes fréquences. Sans ce lieu notre musique aurait manqué de bien des jouissances... fortement.  Un bon anniversaire et un sacré coup de chapeau au trio Sara, Andy et Stacy Remke et à leur sacrée bande de Black Doggers ! Wouf ! Wouf !

Sur notre Glob : une série d'articles sur le Black Dog







5.12.14

DESDAMONA CHEZ LES ENFANTS DE SUZANNE VALADON ET THÉRÈSE MENOT
LETTRES DE CHRONIQUES DE RÉSISTANCE

Suzanne Valadon, après avoir été acrobate, devint modèle pour les peintres Renoir, Degas ou Toulouse Lautrec. Forte de l'observation de ceux qui la dessinait, elle en acquit certaines qualités et, encouragée par Degas, changea de côté et devint peintre elle-même, une des figures majeures de cette époque. Elle fut la première femme "admise" à la Société nationale des beaux-arts. Erik Satie en était fou d'amour. Parmi ses amis, elle comptait quelques adeptes de la vie de bohème de la Butte Montmartre à Paris, le militant anarchiste Miguel Almeyreda (père de Jean Vigo), les peintres Pablo Picasso, André Derain et Georges Braque et bien sûr André Utter (son deuxième mari). Elle mis au monde un autre peintre de renom : Maurice Utrillo. Suzanne Valadon, native de Haute-Vienne, a donné son nom à un Lycée public de Limoges.

Thérèse Menot, jeune comptable, rejoignit la Résistance en 1943 à 20 ans au sein du réseau Combat (dont était membre son père cheminot) après avoir dès 1940 activement montré son opposition au régime de Vichy. Arrêtée en janvier 1944 par la Gestapo, suite à une dénonciation, elle fut déportée au camp de Ravensbrück puis dans celui d'Holleischen en Tchécoslovaquie et libérée le 5 mai 1945 par les résistants tchèques et polonais. Thérèse Menot, native de Corrèze, a donné son nom à une salle du Lycée Suzanne Valadon. 

C'est sous cette sorte de tutelle d'une splendide et féminine regimbance, que Desdamona entre dans la salle Thérèse Menot du Lycée Suzanne Valadon le 6 novembre à 10 heures du matin pour rencontrer deux classes d'anglais de terminale (L). La rappeuse minnesotanne, à Limoges pour le projet Chroniques de résistance de Tony Hymas, joué le lendemain à la Salle Jean Gagnant, interprète seule son "Siren Song", frappant sa poitrine pour cadence. Ce chant des sirènes a le côté tragique des véhicules hurleurs, saletés de boîtes de pandores. Elle entonne ensuite sa "Letter to the women" extraite des Chroniques de résistance, où, comme David Miller ou John Holloway dans le même album, elle s'adresse aux résistantes des années 40 à partir d'un point de vue actuel, une interrogation sur le sens du mot aujourd'hui. 

Après un petit échange où les timidités initiales se dissolvent cordialement, Desdamona propose de créer quatre groupes avec l'idée que chacun d'eux écrive (en anglais) une lettre dans l'esprit de celles de Chroniques de résistance. Elle inscrit les quelques questions qu'elle s'est posé en écrivant sa "Letter to the women" : "Vous sentez-vous reliés au passé ?", "Que serait la vie si d'autres n'avaient pas autant risqué la leur ?", "Qu'aimeriez-vous leur dire ?", "Vous sentez-vous une responsabilité pour votre communauté ?", "Iriez-vous jusqu'à risquer votre vie pour vos convictions ?". Les groupes se forment et les conversations vont bon train. Ce qui frappe de suite, c'est la sagacité des élèves, la profondeur de leur relation au monde, la finesse de leurs interrogations. Les préjugés sur une jeunesse absente, démobilisée se font remonter les bretelles in situ. Les jeunes gens présents témoignent de ces sauts difficiles entre destin et liberté, désarroi et exigence, en une conscience de l'absurde, un désir d'ailleurs, de vivre autrement et une inestimable sincérité face aux brutalités de l'époque. D'une lettre de Sophie Scholl à ses parents ("Even if my actions are not really big. I hope they will stay in mind for a longtime") à une déclaration à Jean Moulin ("Thanks for your secret"), d'une missive à Rosa Parks parce que le racisme reste une préoccupation majeure ("The struggle continues today") à une autre, avec rythme rappé sur les corps, directement adressée aux pouvoirs suffisants et imbéciles avec leurs bras armés ("Fuck the governement.") et dédiée aux indiens Guaranis, lorsqu'en fin de poème, la forêt change de continent, le sang aussi, et apparaît Rémi Fraisse ; histoires funestes de luttes pour les arbres contre les barrages, ("People are standing up in the street", "But you king of the world decided to kill them all", "Who is protecting us from the police ?"). Une mort que ces lycéens identifient cette semaine-là comme celle d'un très proche, la leur peut-être, une invitation aussi à se lever, à vivre entièrement. 

Alors que Desdamona estime avoir beaucoup appris ce jour, salle Thérèse Menot du Lycée Suzanne Valadon, c'est bien un îlot d'expression libre que les jeunes Limougeauds ont mis en jeu, leur propre vie qu'ils ont peintes plutôt que d'en être les modèles, l'indication de forces vives et résistantes.


Merci à Malachi, aux professeurs qui avaient préparé la rencontre, à l'accueil du Lycée, au Musée de la Résistance de Limoges et à Catherine Meyraud du centre Jean Gagnant.

Photos : B. Zon

28.11.14

LA RÉSISTANCE PAR SERGE UTGÉ ROYO, JEAN-JACQUES BIRGÉ, SYLVAIN GIRAULT, PAROLIERS DE
CHRONIQUES DE RÉSISTANCE

 
Le mot résistance n'est pas vain, on le voit refleurir lors de toutes sorte de printemps ou d'essais de printemps qui se passent de délimitation des saisons. Que signifie-t-il dans nos quotidiens ou pour des chanteurs et musiciens qui l'entonnent ? 
Serge Utgé Royo,  Jean-Jacques Birgé, Sylvain Girault, paroliers des chansons de l'album de Tony Hymas Chroniques de résistance, chantées par Elsa Birgé, ont répondu à la question suivante : 

"Pour un artiste, que peut signifier le mot « résistance » aujourd’hui"

• Serge Utgé Royo 

         Aujourd’hui – comme hier, sans doute –, un artiste peut servir son idée de la beauté, de la perfection supposée, de ce qui fait du bien aux sens…
         Un artiste peut gonfler comme un dragon chinois et sombrer dans l’autosatisfaction, pourvu qu’il en ait le cynisme talentueux. Il peut servir les maîtres de la cité, en jouant au fou privilégié, avec des courages calculés et l’intelligence de sa préservation.

         Mais il peut aussi se servir de sa liberté de pensée, d’interrogation « candide », de protestation et d’interpellation plus ou moins subtile pour éclairer des zones d’ombre de la société – ou le pouvoir brutal et l’obscurantisme des humains qui la cornaquent.
         Un artiste peut résister aux lumières aveuglantes, officielles et marchandes, si celles-ci prétendent l’attacher, comme autant de laisses, lui couper les ailes et le rendre muet.
         Un artiste peut également être modeste, magnifique et conscient, rendre la parole à ses congénères et l’amplifier en les écoutant. Alors, il peut le faire en servant son idée de la beauté, de la perfection supposée, de ce qui fait du bien aux sens…


• Jean-Jacques Birgé 

L'essence, le sang et le sens 

Aucun artiste digne de ce nom ne peut accepter la loi sans l'interroger. Ce devoir n'est jamais un choix, mais une nécessité. De la société qui l'a engendré à la cellule familiale qui s'en est fait le relais, toutes entretiennent des tabous et des conventions qui sont autant de fondations névrotiques façonnant les individus pour qu'ils se conforment aux modèles fantasmatiques que semblent exiger l'ordre et la morale. Au monde inacceptable que le monstre social et politique à la solde d'intérêts économiques de quelques-uns engendre, les rebelles n'ont d'autre issue que d'en créer de nouveaux. Solidaires et organisés, conscients des dérives que le pouvoir impose par ses lois iniques et criminelles, certains choisissent l'insurrection. D'autres, trop sensibles et viscéralement souffrant de ce que l'absurdité leur impose, n'ont d'autre choix que de se réfugier dans des mondes intérieurs que leur imagination fertile fait naître et parfois exploser aux yeux et aux oreilles de leurs contemporains. Les deux ne sont pas incompatibles, même s'ils ne peuvent s'exprimer qu'en alternance : on peut à la fois agir au sein d'un mouvement d'ensemble et révéler son intime potentiel poétique. Il est probable que sans accès à une expression artistique l'homo artifex, incapable de taire ses pulsions rebelles ou de les dissimuler dans la clandestinité, aurait été poussé à des actions qui l'auraient entraîné vers l'internement ou la mort. Or l'art exprime avant tout le combat désespéré de la vie contre tout ce qui nous tue à petit feu depuis notre naissance.

Face aux dérives inacceptables imposées à la grande majorité des populations par quelques nantis cyniques et des fous suicidaires que le pouvoir a su rendre paranoïaques, face à l'exploitation de l'homme par l'homme et à l'appropriation de la totalité de la planète par cette caste manipulatrice, face à l'oppression quelle que soit sa forme, chaque individu a le devoir de se révolter. L'artiste résiste de manière subtile en usant de techniques circonlocutoires. Au lieu de viser le centre, il tourne autour. Appelons cela des révolutions. Cet art poétique est plus précis qu'aucune science prétendue exacte. Il est indémodable. Aucune date de péremption n’oblitère son objet, il est millésimé. Il peut prendre n'importe quelle forme, pourvu qu'on y reconnaisse la nécessité, car certains s'amusent hélas sans arrière-pensée. Il fait fi des modes qui ne sont que l'œuvre des marchands. Brecht affirmait qu'il n'existait ni forme ancienne, ni forme nouvelle, mais seulement la forme appropriée. Cocteau pensait que toute œuvre est une morale. À l'absurdité du monde, l'artiste répond par l'absurde. Plutôt que résister qui définit une réaction d'opposition l'artiste préférera le verbe créer qui se conjugue à tous les temps.

 Aujourd'hui comme hier chaque individu a le devoir de s'opposer à ce qui se joue en sous-main, la mise en coupe réglée de la planète au détriment des peuples, de leurs différences et de tout ce qu'ils ont en commun, mais qu'ils combattent le plus souvent, confinés dans l'ignorance, montés les uns contre les autres. Si l'intelligence ne suffit pas à enrayer l'entropie, ils en viendront à retourner les armes contre leurs bourreaux. Les artistes, soutenus par leurs chants et leur enthousiasme, participeront aux barricades. On bricole comme on peut. Beaucoup mourront. Tout le monde meurt un jour. Si l'on peut vivre debout, on peut aussi mourir debout. La peur est mauvaise conseillère. L'artiste ne craint qu'une chose, que la mort survienne avant qu'il ait fini son œuvre. Or celle-ci ne lui appartient plus dès lors qu'il la livre à la communauté. Par là même, l'inachevé reste une constante incontournable, car seule l'interprétation de chacune et chacun confère à l'œuvre son statut définitif.

En conclusion à ce petit texte qui rend hommage aux résistants de toutes les époques et tous les continents, saluons les artistes qui ne désarment jamais, développant sans cesse de nouvelles utopies qui nous permettront peut-être de vivre un jour en harmonie les uns avec les autres et en accord avec le reste des espèces de la planète.


• Sylvain Girault

Il signifie d'abord pour moi faire un effort d'analyser le système dans lequel il évolue, il exerce ses activités : l'espace, le temps, les valeurs, les rapports de domination, d'influences, l'histoire... Cela peut lui éviter de croire être dans la création, quand il ne serait que l'agent d'un système qui le dépasse et le contrôle en quelque sorte. Donc un artiste n'est pas, ne doit pas être un être évanescent, désincarné, perdu dans les brumes de sa pensée, cherchant les ondes divines venues d'ailleurs. Un artiste doit comprendre le monde qui l'entoure et tenter d'en faire exploser quelques codes, quelques règles. Un artiste cherche à transgresser. Il s'exprime certes, mais il doit aussi tenter de renouveler les langages lui permettant cette expression personnelle. C'est donc dans ce frottement individuel/collectif, art/culture que réside les brèches de la résistance. Mais dire cela ne signifie pas pour moi qu'il faille se réfugier dans une transgression artistique purement "formelle". Certains se complaisent dans une recherche purement conceptuelle, purement formelle, cherchant à ne transgresser que des codes musicaux par exemple, sans aucune connexion avec le réel. Or cela me semble vain. Ouvrir une brèche artistique, aller sur un terrain d'expression formelle qui n'a jamais été défriché, ne doit avoir pour but que de changer le monde. Sinon on ne sert que les intérêts de ceux qui veulent te cantonner à ta jolie bulle, à vendre tes produits originaux, à faire de toi le spécialiste de telle ou telle esthétique. "Il a été celui qui a le premier réussi à faire la synthèse de telle influence avec telle autre !" La belle affaire... Si cela reste cantonné dans le cercle fermé des afficionados... Si cela ne sert pas un combat plus social, plus politique...

Pour moi la résistance pour un artiste c'est être ouvert au monde. Je ne crois d'ailleurs pas à l'inspiration. Je crois à l'ouverture à l'autre, à toutes les influences. Je crois à l'hybridation féconde, à la capacité de synthèse. À la faculté de rester en colère, en indignation. Je crois que résister c'est créer, et que créer c'est résister.

                                                                               (À suivre...)

***
Discographie

Voici une sélection d'albums de Serge Utgé Royo, Jean-Jacques Birgé et Sylvain GirO, qu'il est conseillé d'acheter quand celà est possible chez un irremplaçable disquaire (il en existe qui résistent de façon exemplaire) ou un libraire-disquaire. Si c'est impossible, une commande par correspondance est toujours envisageable aux liens ci-dessous (ici et là).














Serge Utgé Royo : Memorias ibéricas - Cantar para los mios
Mistirioux productions - L'Autre Distribution
disponible par exemple













Jean-Jacques Birgé et Bernard Vitet : Carton 
Grrr - Okhêstra 
disponible par exemple ici ou  













Sylvain GirO : Le lac d'Eugénie (sortie le 8 décembre)
Wan + Wan - L'Autre Distribution
disponible par exemple ici 














Tony Hymas : Chroniques de résistance
nato - L'Autre Distribution
disponible par exemple ici ou

24.11.14

HYMN FOR HER :
PARIS - BRETAGNE - LIMOUSIN


Le 1er avril 2014, Hymn for Her, duo formé de Lucy Tight et Wayne Waxing, rencontré en septembre 2013 au Black Dog (1), se produisent pour la première fois en France en première partie d'Otis Taylor (2), créant la surprise (ou surprenant la création). En juin, la collection Wan+Wan (de nato) se réactive pour sortir Hits from the Route 66 (3), recueil baladin à l'horizon vaste. Le 21 octobre 2014 (jour du Tonneau dans le calendrier républicain de 1792 et anniversaire de Dizzy Gillespie), les deux routards, directement sortis de l'avion rappliquent à Campus-Terrain d'Entente pour entamer une tournée, au delà de ce moment parisien, partagée entre Bretagne et Limousin. Les caractéristiques de cette virée sont bien celles de fortes amitiés, de caps que l'on cherche dans une même direction, de soutiens sans cesse renouvelés, de délicatesses attachantes, de retrouvailles, de découvertes, de mets succulents, de pensées, d'êtres qui vivent ensemble.

Notes on the road et quelques images :

À Campus, c'est l'exposé jusqu'au bord de la piste, le chant du petit jour, le jetlag dynamique, "la route c'est la vie" (Kerouac). Lucy et Wayne jouent des titres de Hits from the Route 66 (3) et pas mal de nouvelles chansons aussi, complaintes félines, mélodies, danses et beaucoup de blues qui scandent les moments d'une vie. Jean-Jacques Birgé, spectateur attentif en livre le compte rendu sur le site Mediapart (4)

Le lendemain à Queven (Guern), Aux Anges (on y est), la liesse jusqu'à plus d'heure, le temps n'a plus cours, la nuit vibre immense, on chante tous ensemble "Don't fence me in", on danse à perte de vue, en gain de sens.
Au petit matin, un postier mélomane révèle même sa passion pour le groupe Ultimate Spinach (1968-1969), c'est dire !
On pense encore à Kerouac : "Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, 
ceux qui ne savent pas bâiller".

Après les anges élus, le Millet. Le 23 octobre, au Studio du Millet (Poullan-sur Mer/Beuzec) lieu de concert fraîchement inauguré près de la pointe du presque même nom, avec les compagnes et compagnons de Livioù, la mer s'invite pour une autre lumière complémentaire, un tendre espace intime précède le blues qui se fera plus âpre lors du deuxième set par glissements grâcieux. Les étoiles clignotent et frappent l'imagination : se fondre dans le monde pour le faire apparaître. Oui Livioù yeah ! yeah ! yeah ! Indeed !
Vendredi 24 octobre, au Pixie (Lannion) lieu d'expérience essentiel, refuge des meilleures différences, on nous dit que la région a été fort touchée par ce qu'il est convenu d'appeler "la crise". La boîte à cigares est celle d'autres décisions. La musique se fait contraste entre enracinement et volée. Le programme varie chaque soir, Hymn for Her ne délivre pas de récital identique, mais décide in situ, question d'onde, d'ordre et de désordre. Le Pixie est un îlot de liberté, on y joue ainsi le temps des songes, des désirs, du combat des hommes contre les cyniques aléas.
On se damnerait pour jouer au Rochois, café situé au centre de la cosmogonique Roche Bernard ! Un endroit de tourbillon. Le 25 octobre, on s'y presse et l'endroit finit une fois encore par ressembler à la cabine d'Une nuit à l'Opéra des Marx Brothers. L'énergie boue, "Bron-Y-Aur Stomp" par exemple appartient désormais presqu'autant à Hymn for Her qu'à Led Zeppelin par une sorte de retour cru aux origines, "Slips" et "Mojave" (3) offrent des solos de guitare ahurissants, la boîte à cigare s'enflamme, la fantaisie se définit matière d'avenir immédiat. Et, belle coutume du lieu, Stéphane Cattaneo prend ses pinceaux lors du deuxième set. À dix minutes de l'heure des flics, le concert se termine. Le plein de phosphènes (visuels et sonores) est fait pour bien longtemps.

26 et 27 jours de transition entre la Bretagne et la Corrèze où nous attendent nos camarades de Kind of Belou. Le 26, on est saisit par la funeste nouvelle de la mort de Rémi Fraisse, jeune homme de 21 ans tué par une grenade lancée par un gendarme dans la forêt du Testet ; tué parce qu'il s'opposait à la construction du barrage de Sivens, projet inutile, projet inhumain.

 
Au Magasin Général, à Tarnac, le 28 octobre, le duo offre une version de la "Ballad of Hollis Brown" de Bob Dylan d'une intensité extrême, plus blues que jamais débordant la ligne du paysage, frisant la déchirure, "If there's anyone that knows, Is there anyone that cares ?". Lucy Tight dédie une chanson à Rémi Fraisse. Miriama Broady  (guitariste de Tormenta Jobarteh) de passage en Limousin se joint à Wayne Waxing après le rappel pour un petit chorus de trompette chantée. Un habitant (en repérage) de Treignac, village voisin, hurle avant de partir "Putain, ça nous change du train train de l'usine" "Ah bon, il y a encore des usines à Treignac ?" lui est-il répondu dans un grand éclat de rire.

29 octobre, Treignac, les belous sont très kind, le Café du Commerce a bien décidé de fendre la quiétude nocturne habituelle de la cité des trois portes, trois faubourgs et trois châteaux. Hymn for Her va s'associer à cette décision à cœur joie, la devancer même. "Where is Popeye ?" lance Wayne à l'assistance. Le documentariste David Unger si séduit par le concert de Campus à Paris a déboulé en Limousin avec sa caméra, il exulte. Quelques chansons nouvelles pointent leur nez frondeur. Et Lucy invite Pierre Couegnas, spectateur agité, à prendre le micro le temps d'une mini surprise partie avec un "Gloria" (des Them) survolté.
Le quotidien "L'écho a annoncé le concert du 30 octobre au Phare, nouvel espace multimédias à Limoges par une pleine page dont on a plus l'habitude. Joie ! L'endroit s'emplit comme un œuf, l'effet papillon a fait mouche et les illustrations de l'exposition Mondo Graphics qui reconsidère en pleine modernité les affiches de quelques célèbres long métrages made in USA, offrent une sorte de parallèle à la musique de nos deux troubadours, peinture elle aussi d'une Amérique multifaces. Et comme c'est jeudi, on joue "Thursday".

18h,  vendredi 31 octobre, Espace Paul Rebeyrolle à Eymoutiers. Ici le souvenir immédiat de la terre perpétue les plus belles clameurs et la musique de nos deux voyageurs se love en une autre alliance, celle de la projection de nos intérieurs et du pinceau de nos idéaux. La version de ce jour de "Human condition", chanson de Lucy et Wayne déclarée inspirée de Woody Guthrie et Bob Dylan, est ostensiblement de cette sorte de terreau sorti des "Grands Paysages", toile peinte en 1978 qui sert de "décor" au concert. Et comme c'est Halloween, on jouera "Grave"(3), non sans avoir fait un clin d'œil aux "Munsters" en ouverture de la soirée pour ravir les enfants (il y en eut à chaque concert de cette tournée). 

Le 2 novembre, on raccompagne Lucy Tight et Wayne Waxing à l'aéroport de Clermont-Ferrand avant de rejoindre Paris en automobile - changement de ton - où se tient une manifestation interdite à la mémoire de Rémi Fraisse. Les souvenirs musicaux et leur parcelle de liberté, d'amitié, se télescopent avec cette réalité dure.


Photos B. Zon sauf 1 Z. Ulma, 2 Thierry De Lavau, 7 Serge Hilbert

Un grand merci à  : Marianne Trintzius, Thierry De Lavau, Thierry Mazaud, Gérald Martin, Serge Hilbert, Isabelle Vedrenne, Jean-Pierre Brandy, Timothée Le Net, Hélène Potabès, Stéphane Cattaneo, Benou Lahaye, Anna Mazaud, Jean-François Pauvros, Thierry et Isabelle Collet, Julien Geffroy, Benjamin Rosoux, Jean-Marie Legagne, Cécile Even, Yvette Le Berre,  Elodie Buhot, Morgane Eveno, Gaëlle Fouquet, Morgane Le Briquir, Michel Saluden, Charlie Robial, Justine Bonneau, Didier Gaoua et Flavien Barouty....
ainsi qu'à Olivier, Manon, Tanguy, Gwenael, Benjamin, Laurent, Jérôme, Nicola, Lucille, Francis ... et tous ceux qui aident à la vie réelle de l'Espace Rebeyrolle, du Phare, du Café du Commerce, du Magasin Général, du Rochois, du Pixie, du Studio du Millet, du Café aux Anges, de Campus-Terrain d'Entente et de Juste un bruit, d'où? et bien sûr celles et ceux de Kind of Belou et de Livioù...



(1) Voir Hymn for her au Black Dog
(2) Voir "Hymn For Her au New Morning 1er avril 2014"
(3) Voir Hymn for Her: Hits from Route 66
(4) Voir Hymn For Her, couple-orchestre par Jean-Jacques Birgé in Mediapart du 22 octobre 2014


17.11.14

LES BONNES IDÉES DU MÉTROPOLITAIN


publié sur les murs du métro parisien (extrait)

Photo : B. Zon