Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

11.9.14

LA LIGNE DE CHANCE
D'ANTOINE DUHAMEL

Le compositeur Antoine Duhamel vient de nous quitter, musicien essentiel à la nouvelle vague du cinéma français et artisan d'un pont précieux entre tradition européenne et pratique du jazz. On pourra consulter un entretien de 2001 dans le journal des Allumés du Jazz (n°6, 2e trimestre) où il fait le point sur sa carrière et ses aspirations (le PDF est consultable en ligne ici)

9.9.14

ENCOURAGER LA RECHERCHE


Séquence "encourager la recherche" : Il est des maladies graves pour lesquelles il seraient urgent de trouver un vaccin, l'attalite aiguë par exemple qui depuis des années ronge l'intelligence.

4.9.14

CHRONIQUES DE RÉSISTANCE 2
SALUT À MICHEL LAGRAFEUILLE


Le 30 juillet dernier était présenté l'album Chroniques de résistance aux habitants de Treignac dans la toute neuve et fringante médiathèque de la petite cité corrèzienne. Deux jours avant le coup d'envoi de la quinzième édition du festival Kind of Belou (au choix, on verra dans l'insolite titre de cette fête annuelle un clin d'œil dévergondé à Miles Davis ou bien une solide et taquine affirmation populaire). C'est lors de ce festival, un an plus tôt que fut assemblée par Tony Hymas, la petite troupe de ces Chroniques de résistance (1) : Nathalie Richard, Desdamona ou François Corneloup, compagnes et compagnons de longue date, le trio Journal Intime (Sylvain Bardiau, Frédéric Gastard, Mathias Malher) de fraîche aventure, Peter Hennig ayant auparavant croisé la route du pianiste une seule et belle fois minnesotanne, Frédéric Pierrot, autre évident, frère nécessaire, ou la cadette Elsa Birgé qui en 1996, enfant, reprenait les mots de Buenaventura Durruti pour introduire le projet dédié à l'anarchiste espagnol (2). Cet ensemble d'explorateurs (auquel s'en ajoutent d'autres : Vincent Bailly, Julien Basseres, Jean-Jacques Birgé, Daniel Cacouault, Mary Ann Caws, Robin Emlein, Sylvie Fontaine, Alain Gandolfi, Sylvain Girault, John Holloway, Nancy Kline, Stéphane Levallois, Thierry Mazaud, David Miller, Delia Morris, Jeanne Puchol, Marianne Trintius, Eddy Vaccaro, Isabelle Vedrenne...), tous du côté du mouvement, est un petit pays, fait de sources, de territoires liés, solidaires.
 
Le cinéaste Frank Cassenti filma les jours qui précédèrent l'enregistrement. Dans son reportage (produit par Oléo Films), on voit et entend Michel Lagrafeuille, jeune résistant de quatorze ans en 1944 qui vit son frère aîné, André 23 ans, résistant aussi, fusillé par les Nazis. Michel Lagrafeuille avait rendu visite aux musiciens, chanteurs et acteurs, assisté au concert le 18 août 2013, heureux. Nous l'avions revu au printemps 2014 à Treignac - village entier de ces Chroniques de résistance -, lors d'une réunion annonçant la sortie du disque, alors encore en chantier.

Faire un disque aujourd'hui, qu'est-ce que ça veut dire ? Un collègue, producteur expérimenté, lucide, indiquait avec insistance récemment qu'il fallait urgemment laisser tomber, à coup de "à quoi bon !", "c'est devenu impossible !", "on se fait baiser à chaque fois !", "ça n'intéresse plus personne !", "pourquoi se faire chier ?". De tels mots, un tel constat, heurtent, traversent les corps labourés, comme si les intentions s'échouaient après des siècles d'échos, de désirs profonds, de conscience intense. Mais ils taquinent la souche aussi à l'endroit même des petites douleurs, des usures et des questions permanentes.

Chroniques de résistance n'est sans doute pas une expérience simple, en mode mode, mais c'est une expérience (3) motivée qui entend (naïvement ?) trouver dans cette motivation - avec les moyens du bord et de réelles amitiés - quelques réponses au défaitisme.

Dans le documentaire de Frank Cassenti, après l'apparition de Michel Lagrafeuille, François Corneloup commente : "D'un seul coup, dans ce qu'on est en train de jouer, il y a cet homme qui arrive avec sa réalité historique et qui est vivant. Là tu te dis : je vais m'appliquer parce que lui il s'est appliqué... pour que l'on puisse encore jouer cette musique-là aujourd'hui".

Le 30 juillet, Michel Lagrafeuille ne put être là, disparu quelques jours plus tôt le 21 juillet ; sa fille Françoise et son fils Philippe le représentaient, aux côtés de Michèle Guingouin et Jean-Jacques Nanot, descendants de figures substantielles de la Résistance. À l'issue du débat, après un long silence, un jeune homme indiqua : "ce silence n'est pas celui de la gêne, mais celui de l'interrogation : ce que nous n'avons pas encore fait".

Les réponses à l'illustre, compétent et fatigué collègue en proie à un compréhensible abandon sont bien là, humblement, dans la nécessaire et opiniâtre transmission d'une résistance à laquelle l'expression (disons artistique) ne saurait se soustraire, parce que d'autres se sont tellement appliqués, parce que nous ne pouvons considérer autre chose que d'en être au commencement (frémir infiniment) et parce qu'on ne saurait se détourner de l'indispensable "ce que nous n'avons pas encore fait".  La musique, à sa taille, peut encore en faire partie.


(1) Chroniques de résistance  sur le site nato (sorti le 1er septembre 2014 - diffusé par l'Autre Distribution)
(2) Buenaventura Durruti sur le site nato (sorti en 1996, réédité en 2011 - diffusé par l'Autre Distribution)
(3) Sens hendrixien

Photographie extraite du documentaire de Frank Cassenti : Tony Hymas saluant Michel Lagrafeuille avec Frédéric Gastard, Nathalie Richard et Anna Mazaud

27.8.14

CHRONIQUES DE RÉSISTANCE 1
PRÉSENTATION PAR JEAN-JACQUES BIRGÉ

Ce matin la radiodiffusion française a invité une toute fraîche ministre de l'Éducation Nationale. Au mieux les mots sont creux, au pire ils font peur lorsqu'apparaît une fois encore l'imbécile mot "compétitivité" dans ses missions. L'enseignement, le savoir, l'éducation relèvent d'une transmission indispensable pour que les gestes précédents, importants, puissent permettre au présent de préparer l'instant suivant au mieux du respect de la vie (sans perdre les pédales qu'elle soient numériques ou pas). Les souffrances ne peuvent être ignorées, figées, masquées, la beauté non plus.

Dans sa présentation sur Mediapart de Chroniques de résistance de Tony Hymas, Jean-Jacques Birgé (qui a écrit pour ce projet les paroles d'une chanson dédiée à Germaine Tillion chantée par son enfant, Elsa) commence avec émotion par une adresse à sa fille et le souvenir d'un père. L'enseignement, le savoir, l'éducation pour atteindre quelque destinée forte relèvent surtout de l'amour.

L'ensemble du texte est disponible sur le site Mediapart ici


Chroniques de résistance de Tony Hymas avec Nathalie Richard, Frédéric Pierrot, Elsa Birgé, Desdamona, Sylvain Bardiau, Matthias Mahler, Frédéric Gastard (Journal Intime), François Corneloup, Peter Hennig sort le 1er septembre (diffusion : l'Autre Distribution)

13.8.14

LE HAVRE DE JEAN-JACQUES AVENEL


 Après avoir vu le film d'Aki Kaurismäki, Le Havre, Benoît Delbecq avait évoqué son ami, le contrebassiste Jean-Jacques Avenel, natif de la ville. Le Havre, ville détruite en 1944, reconstruite, port aux liens lointains et aux sons d'Amérique, est une place à fleurs de mémoire. Jean-Jacques Avenel la quitta pour suivre Steve Lacy lors d'un stage. Sa contrebasse s'insère alors dans l'électrique Paris américain du début des années 70, celui de son ami Kent Carter ou du groupe de Frank Wright, mais aussi dans le chant contestataire (le mot a grande valeur) de Colette Magny ou les rêveries des frères Portal et leur Newtone Experience. En 1975, Lacy l'invite dans Dreams, disque majeur, comme l'on dit (comme l'on dit si bien), dans la foisonnante discographie du saxophoniste. Dreams est l'instant qui s'ouvre. On voit enfin Avenel avec Lacy à la Maison de la Radio aux côtés de Kent Carter. Deux contrebasses. Deux pôles. Le son de la basse du Havrais est profond, riche, intense, comme arraché à la nuit. Une image de musique parfois blessée qui sait recouvrer ses forces. Jean-Jacques Avenel vient du Havre, c'est vrai. La fidélité à Lacy sera totale jusqu'en 2004, année de la disparition du tonique soprano. Daunik Lazro, Itaru Oki, François Tusques seront aussi des compagnons proches de ce geste. L'espace d'où l'on parle est un lieu de reconnaissance mutuelle ou l'échange devient possible.  Kenny Clarke avait dit que "la France était plus près de l'Afrique que l'Amérique", Avenel sera un des plus sensibles traits d'union de cet état de fait. Il joue de la kora, pratique avec Yakhouba Sissokho. Il se joint à Benoît Delbecq et participe activement au développement large et minutieux de l'univers du pianiste. Il sera de ses quartets, trios, sextets et autres groupements propices. La complicité est miroir révélateur, favorise l'introspection, le lien (avec les jaillissements inmanquables d'Afrique et d'Amérique) autant que l'allant des eaux naissantes.

Jean-Jacques Avenel nous a quittés avant hier et avec lui un peu de la possibilité de relier des mondes souvent troublés, qui ont tant besoin de havres.


Photo : JR (1976)

25.7.14

TONY HYMAS: MÉMOIRES DE MER

Si d'aventure vous n'étiez pas à Douarnenez ce week-end (tout est possible), vous pouvez tout de même vous procurer le disque "Mémoires de mer" de Tony Hymas sur le site de Temps Fête. Dans cette édition spéciale seulement disponible à Douarnenez, Hymas joue Debussy, Kurt Weill, Britten, Brel, Ferré, Grainger, Chopin, Hymas...
On peut commander Ici

21.7.14

RETOUR SUR LES 5 ET 6 JUILLET
À NOTRE-DAME-DES-LANDES
NOTES À PARTIR DE TROIS IMAGES (ENVIRON)
DE VAL K

ON LÈVE LE POING

Il a plu le samedi, rappel essentiel que Notre-Dame-des-Landes est un territoire d'eau et de boue. Un territoire debout ! Et dimanche, le soleil se montrait, miroir des eaux, mémoire des eaux clémentes, mais averties. À Sylvain GirO revenait la responsabilité - la sensibilité - de donner dès 14h le ton à la journée du dimanche. L'auteur de Notre-Dame des Oiseaux de Fer est sur scène à deux pas de chez lui (en lisière de la ZAD) avec un groupe éblouissant de fine cohésion et d'intelligence décisive : Julien Padovani (claviers), Erwan Martinerie (violoncelle) et Jean-Marie Nivaigne (batterie). Avec ses compagnons, Sylvain GirO chante, en forces rassemblées, des textes vécus de la pointe d'un regard perçant le tout entier du paysage, la partie la plus dense, l'ici et le là-bas. Ce groupe pétri de palpitantes lignes de basse incarnant le bouger des choses, partage l'expérience d'un grand poème vif. Les uns et les autres convergent, à l'écoute appliquée, doucement saisis. La nuit largement entamée, lors d'un survolté  Notre-Dame des Oiseaux de Fer avec Hamon Martin et Tony Hymas, rejoints par Sylvain GirO, il tendra le poing, geste salutaire et résumé énergétique et humain d'un avertissement si bien résumé par René Char : "L'éternité n'est guère plus longue que la vie*" La photo a quelque chose d'un 36 espagnol. Nous sommes ICI.

* René Char Les Feuillets d'Hypnos

ON EXPRIME

Alors qu'en milieu d'après-midi du dimanche arrive sur scène entre deux chansons des Têtes Raides, une petite troupe déployant efficacement une banderole. Une spectactrice paraissant être venue pour se rincer les oreilles gratos avec les Têtes Raides (mais on verra que c'est jugé un peu vite) maugrée alors : "encore les intermittents !" Non madame, simplement une prise de parole nécessaire pour les inculpés suite à la manifestation du 22 février à Nantes et aux manières scandaleuses et manipulatrices de l'État qui tend de plus en plus à criminaliser toute forme contestation (sauf celle qui fait figuration). L'avant-veille à la radio, en direct d'Avignon, on séparait les bons intermittents (lire : ceux qui ont des problèmes, mais qui ne gêneront pas les "usagers"),  des méchants intermittents (les perturbateurs) pointés comme "étrangers". À Notre-Dame-des-Landes, techniciens et artistes titulaires du régime de l'intermittence affichent leur solidarité tous azimuts. L'intervention invitant à un soutien actif lors des procès iniques des jours à venir se termine par un "que la fête continue". Les Têtes Raides reprennent (ils accompagnèrent doucement - solidairement - l'intervention en musique). La dame eut l'air attentive. On a toujours raison de s'exprimer.

ON EMBRASSE ET ON DANSE

Notre-Dame-des-Landes reste l'endroit de l'inimaginable même avec ses doutes, ses errances, ses contradictions, ses contrariétés et parfois même grâce à ceux-ci, ici mis à nu quand ailleurs s'abat un sinistre et obligatoire déguisement. Au terme de ces deux journées, minuit bien passé, Hamon Martin et leur invité Tony Hymas jouent conte, jouent joue, jouent vérité. C'est infiniment amical, plein d'histoire, de désir et de demains. On s'embrasse et on danse comme pour fêter une nouvelle année à longueur de vie. Les danseurs remplaçant l'Hôtel de Ville, le baiser devient le signe senti de la marche possible de l'univers.



Les photographies de Val K du Collectif Bon Pied bon Œil