Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

24.11.14

HYMN FOR HER :
PARIS - BRETAGNE - LIMOUSIN


Le 1er avril 2014, Hymn for Her, duo formé de Lucy Tight et Wayne Waxing, rencontré en septembre 2013 au Black Dog (1), se produisent pour la première fois en France en première partie d'Otis Taylor (2), créant la surprise (ou surprenant la création). En juin, la collection Wan+Wan (de nato) se réactive pour sortir Hits from the Route 66 (3), recueil baladin à l'horizon vaste. Le 21 octobre 2014 (jour du Tonneau dans le calendrier républicain de 1792 et anniversaire de Dizzy Gillespie), les deux routards, directement sortis de l'avion rappliquent à Campus-Terrain d'Entente pour entamer une tournée, au delà de ce moment parisien, partagée entre Bretagne et Limousin. Les caractéristiques de cette virée sont bien celles de fortes amitiés, de caps que l'on cherche dans une même direction, de soutiens sans cesse renouvelés, de délicatesses attachantes, de retrouvailles, de découvertes, de mets succulents, de pensées, d'êtres qui vivent ensemble.

Notes on the road et quelques images :

À Campus, c'est l'exposé jusqu'au bord de la piste, le chant du petit jour, le jetlag dynamique, "la route c'est la vie" (Kerouac). Lucy et Wayne jouent des titres de Hits from the Route 66 (3) et pas mal de nouvelles chansons aussi, complaintes félines, mélodies, danses et beaucoup de blues qui scandent les moments d'une vie. Jean-Jacques Birgé, spectateur attentif en livre le compte rendu sur le site Mediapart (4)

Le lendemain à Queven (Guern), Aux Anges (on y est), la liesse jusqu'à plus d'heure, le temps n'a plus cours, la nuit vibre immense, on chante tous ensemble "Don't fence me in", on danse à perte de vue, en gain de sens.
Au petit matin, un postier mélomane révèle même sa passion pour le groupe Ultimate Spinach (1968-1969), c'est dire !
On pense encore à Kerouac : "Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, 
ceux qui ne savent pas bâiller".

Après les anges élus, le Millet. Le 23 octobre, au Studio du Millet (Poullan-sur Mer/Beuzec) lieu de concert fraîchement inauguré près de la pointe du presque même nom, avec les compagnes et compagnons de Livioù, la mer s'invite pour une autre lumière complémentaire, un tendre espace intime précède le blues qui se fera plus âpre lors du deuxième set par glissements grâcieux. Les étoiles clignotent et frappent l'imagination : se fondre dans le monde pour le faire apparaître. Oui Livioù yeah ! yeah ! yeah ! Indeed !
Vendredi 24 octobre, au Pixie (Lannion) lieu d'expérience essentiel, refuge des meilleures différences, on nous dit que la région a été fort touchée par ce qu'il est convenu d'appeler "la crise". La boîte à cigares est celle d'autres décisions. La musique se fait contraste entre enracinement et volée. Le programme varie chaque soir, Hymn for Her ne délivre pas de récital identique, mais décide in situ, question d'onde, d'ordre et de désordre. Le Pixie est un îlot de liberté, on y joue ainsi le temps des songes, des désirs, du combat des hommes contre les cyniques aléas.
On se damnerait pour jouer au Rochois, café situé au centre de la cosmogonique Roche Bernard ! Un endroit de tourbillon. Le 25 octobre, on s'y presse et l'endroit finit une fois encore par ressembler à la cabine d'Une nuit à l'Opéra des Marx Brothers. L'énergie boue, "Bron-Y-Aur Stomp" par exemple appartient désormais presqu'autant à Hymn for Her qu'à Led Zeppelin par une sorte de retour cru aux origines, "Slips" et "Mojave" (3) offrent des solos de guitare ahurissants, la boîte à cigare s'enflamme, la fantaisie se définit matière d'avenir immédiat. Et, belle coutume du lieu, Stéphane Cattaneo prend ses pinceaux lors du deuxième set. À dix minutes de l'heure des flics, le concert se termine. Le plein de phosphènes (visuels et sonores) est fait pour bien longtemps.

26 et 27 jours de transition entre la Bretagne et la Corrèze où nous attendent nos camarades de Kind of Belou. Le 26, on est saisit par la funeste nouvelle de la mort de Rémi Fraisse, jeune homme de 21 ans tué par une grenade lancée par un gendarme dans la forêt du Testet ; tué parce qu'il s'opposait à la construction du barrage de Sivens, projet inutile, projet inhumain.

 
Au Magasin Général, à Tarnac, le 28 octobre, le duo offre une version de la "Ballad of Hollis Brown" de Bob Dylan d'une intensité extrême, plus blues que jamais débordant la ligne du paysage, frisant la déchirure, "If there's anyone that knows, Is there anyone that cares ?". Lucy Tight dédie une chanson à Rémi Fraisse. Miriama Broady  (guitariste de Tormenta Jobarteh) de passage en Limousin se joint à Wayne Waxing après le rappel pour un petit chorus de trompette chantée. Un habitant (en repérage) de Treignac, village voisin, hurle avant de partir "Putain, ça nous change du train train de l'usine" "Ah bon, il y a encore des usines à Treignac ?" lui est-il répondu dans un grand éclat de rire.

29 octobre, Treignac, les belous sont très kind, le Café du Commerce a bien décidé de fendre la quiétude nocturne habituelle de la cité des trois portes, trois faubourgs et trois châteaux. Hymn for Her va s'associer à cette décision à cœur joie, la devancer même. "Where is Popeye ?" lance Wayne à l'assistance. Le documentariste David Unger si séduit par le concert de Campus à Paris a déboulé en Limousin avec sa caméra, il exulte. Quelques chansons nouvelles pointent leur nez frondeur. Et Lucy invite Pierre Couegnas, spectateur agité, à prendre le micro le temps d'une mini surprise partie avec un "Gloria" (des Them) survolté.
Le quotidien "L'écho a annoncé le concert du 30 octobre au Phare, nouvel espace multimédias à Limoges par une pleine page dont on a plus l'habitude. Joie ! L'endroit s'emplit comme un œuf, l'effet papillon a fait mouche et les illustrations de l'exposition Mondo Graphics qui reconsidère en pleine modernité les affiches de quelques célèbres long métrages made in USA, offrent une sorte de parallèle à la musique de nos deux troubadours, peinture elle aussi d'une Amérique multifaces. Et comme c'est jeudi, on joue "Thursday".

18h,  vendredi 31 octobre, Espace Paul Rebeyrolle à Eymoutiers. Ici le souvenir immédiat de la terre perpétue les plus belles clameurs et la musique de nos deux voyageurs se love en une autre alliance, celle de la projection de nos intérieurs et du pinceau de nos idéaux. La version de ce jour de "Human condition", chanson de Lucy et Wayne déclarée inspirée de Woody Guthrie et Bob Dylan, est ostensiblement de cette sorte de terreau sorti des "Grands Paysages", toile peinte en 1978 qui sert de "décor" au concert. Et comme c'est Halloween, on jouera "Grave"(3), non sans avoir fait un clin d'œil aux "Munsters" en ouverture de la soirée pour ravir les enfants (il y en eut à chaque concert de cette tournée). 

Le 2 novembre, on raccompagne Lucy Tight et Wayne Waxing à l'aéroport de Clermont-Ferrand avant de rejoindre Paris en automobile - changement de ton - où se tient une manifestation interdite à la mémoire de Rémi Fraisse. Les souvenirs musicaux et leur parcelle de liberté, d'amitié, se télescopent avec cette réalité dure.


Photos B. Zon sauf 1 Z. Ulma, 2 Thierry De Lavau, 7 Serge Hilbert

Un grand merci à  : Marianne Trintzius, Thierry De Lavau, Thierry Mazaud, Gérald Martin, Serge Hilbert, Isabelle Vedrenne, Jean-Pierre Brandy, Timothée Le Net, Hélène Potabès, Stéphane Cattaneo, Benou Lahaye, Anna Mazaud, Jean-François Pauvros, Thierry et Isabelle Collet, Julien Geffroy, Benjamin Rosoux, Jean-Marie Legagne, Cécile Even, Yvette Le Berre,  Elodie Buhot, Morgane Eveno, Gaëlle Fouquet, Morgane Le Briquir, Michel Saluden, Charlie Robial, Justine Bonneau, Didier Gaoua et Flavien Barouty....
ainsi qu'à Olivier, Manon, Tanguy, Gwenael, Benjamin, Laurent, Jérôme, Nicola, Lucille, Francis ... et tous ceux qui aident à la vie réelle de l'Espace Rebeyrolle, du Phare, du Café du Commerce, du Magasin Général, du Rochois, du Pixie, du Studio du Millet, du Café aux Anges, de Campus-Terrain d'Entente et de Juste un bruit, d'où? et bien sûr celles et ceux de Kind of Belou et de Livioù...



(1) Voir Hymn for her au Black Dog
(2) Voir "Hymn For Her au New Morning 1er avril 2014"
(3) Voir Hymn for Her: Hits from Route 66
(4) Voir Hymn For Her, couple-orchestre par Jean-Jacques Birgé in Mediapart du 22 octobre 2014


17.11.14

LES BONNES IDÉES DU MÉTROPOLITAIN


publié sur les murs du métro parisien (extrait)

Photo : B. Zon

28.10.14

RÉMI FRAISSE : LES VIES QUE L'ON MÈNE

Hier en route de Bretagne vers le Limousin, en passant près de la Zad de Notre-Dame-des-Landes, nous écoutions avec Hymn for Her, "Zim Zoum Zad" extrait du nouveau disque du Hamon Martin Quintet (paroles de Sylvain Girault). Défilé de souvenirs proches de luttes flamboyantes. Le cœur serré, nous pensions à Rémi Fraisse, tué au Testet dimanche par la police française parce qu'il croyait aux arbres. Tristement, cette lutte contre un autre projet inutile (un barrage démesuré dans le Tarn) qui avait trouvé bien peu d'écho malgré le sacrifice de grévistes de la faim, en reçoit aujourd'hui.

Le disque d'Hamon Martin s'intitule Les vies que l'on mène. L'effort des poètes y est celui des lendemains fertiles à n'abandonner en aucun cas. Le sens de la musique, c'est qu'elle ait un sens... c'est urgent ! Raconter, inciter, aimer, la vie concentrée. Pour les arbres et les hommes, nous devons faire cette vie précieuse et définie, non accablante ... pour Rémi, pour tant d'autres qui ont lutté dans un passé indigne, pour nous-mêmes dans le toujours présent cri de douleur.

16.10.14

MARIE DUBOIS IN BOF

C'est à sa présence dans Bof, Anatomie d'un Livreur de Claude Faraldo (1970) que va aujourd'hui le premier souvenir de Marie Dubois (l'intrigante musique était de Jean Guérin - publiée par Gérard Terronès sur Futura Tacet avec Bernard Vitet, Jean Paul Rondepierre, Philippe Maté, Françoise Achard, Dieter Guevissier).